Lors du conseil municipal du vendredi 25 juin 2010, les élus
de Puteaux devaient donner leur avis sur la construction du stade de
rugby Arena92 envisagée au pied de la Grande Arche de La Défense. Le groupe des élus MoDem de La Défense demande une
concertation publique sur ce projet. Vendredi soir, le groupe Alternance Puteaux (MoDem et Verts) s'est abstenu. Voici l'intervention en séance de Sylvie Cancelloni :Votre
opposition municipale n’est pas stupide, Madame le maire : elle ne met pas en cause
l’objectif d’un projet sportif et culturel ambitieux pour le Nord du
92. Pas plus qu’elle ne doute des moyens qui lui seront donnés.
Elle
met en cause la méthode que les établissements publics de La Défense,
et vous même, en tant que Présidente de l’EPAD, avez adoptée. Il eut
fallu une vision pour inscrire ce projet dans un ensemble territorial.
Mais, pour reprendre Cyrano de Bergerac, « de vision », ni vous ni les
établissements publics, » vous n’en eûtes jamais un atome » et cette
absence va cruellement manquer au modelage futur de La Défense.
Car
La Défense fonctionne sur un mode de gestion connu, appelé en d’autres
temps « centralisme bureaucratique ». Pas un souffle d’inspiration
libérale dans ce système ! Ce qui finit par le rendre aveugle et par
faire oublier qu’un territoire, c’est comme un organe humain : ça vit,
ça respire, ça repose sur des hommes et ça ne peut vivre sans relations.
Ces relations s’appellent, dans le langage de la majorité à laquelle
vous appartenez, l’intercommunalité. C'est-à-dire l’association
d’intelligence, de solidarité et de projet entre communes pour faire à
plusieurs beaucoup plus efficacement que tout seul.
Construire
un stade est par définition un projet intercommunal, surtout quand il a
cette taille. Quand il ne s’inscrit pas d’abord dans une politique
territoriale, c’est aussi idiot que pour un médecin de prescrire un
médicament sans avoir fait le diagnostic.
On voit bien qu’il n’y a
pas eu l’ombre d’une concertation intercommunale sur ce projet : vous
le mettez au cœur d’un territoire que vos n’avez pas défini ! Vous avez
accepté son emplacement au centre d’un extraordinaire enchevêtrement
urbain sans réfléchir s’il n’eut pas été plus judicieux de le mettre
ailleurs !
Quand on est dans une démarche territoriale, on
cherche à optimiser un emplacement. On l’aborde avec un crible élargi
prenant en compte les zones urbaines disponibles, les retombées
économiques et d’emploi, les transports disponibles ou à créer, les
infrastructures existantes, les politiques de développement que l’on
veut conduire…
L’absence de concertation dans ce projet nous
laisse pantois. Le futur stade est dédié notamment au
rugby. Il en existait un à Colombes, le stade Yves du Manoir. Quelqu’un
s’est-il interrogé sur la pertinence de ce déplacement ? Puisqu’à terme
Colombes intègrera le territoire de La Défense, n’y avait-il pas là
l’occasion de l’anticiper intelligemment ? Colombes est déjà desservi
par un réseau autoroutier. Colombes est une ville qui a besoin de
rentrer dans le concert de développement des villes de La Défense. C’est
aujourd’hui une immense friche de logements possibles qui sera bien
nécessaire dans l’extension territoriale future. Vous aviez là
l’occasion unique de décloisonner une ville, de la réinclure dans un
espace cohérent, de la rapprocher d'un coeur de vie et d’asseoir une
politique de mise en valeur diversifiée au lieu de tout concentrer sur
le même lieu, déjà saturé en accès automobile, en transport collectif et
en proximité d’habitations ! Et bien évidemment, vous êtes passée à
côté...
Vous nous présentez aujourd’hui ce projet comme une
évidence. Vous utilisez même pour cela le film publicitaire conçu par
Arena, société privée, pour nous le vendre. Ce film est peut-être joli,
mais son contenu est affligeant : aucun concept, aucune politique
territoriale, aucune articulation avec d'autres projets, aucune
perspective de modelage urbain. Vous auriez au moins pu vous donner la
peine de produire avec le Conseil Général ou l'EPAD/EPASA un élément de
valeur ajoutée. Rien de tout cela… "
C'est comme cela", dites-vous...
Une pensée un peu simple, tout de même, non ?
Vous voulez donner
en plus à ce projet le label « d’intérêt général ». Accablant : où est
l’intérêt général dans ce lieu précis ? Quand le stade est à moins de 50
mètres et que le moindre spectacle emmènera des milliers de voitures
sur le circulaire ? Savez-vous au moins ce que les riverains de Jean
Boin et du Parc des Princes vivent les soirs de match ou de spectacles ?
Conçu sur espace très largement éloigné des habitations, la
réhabilitation d'Yves du Manoir n'eut-elle pas honnêtement été une
solution moins extravagante ?
On voit bien ici que ce n’est pas
une intelligence de projet qui a prévalu, mais une alliance de
circonstances de petits intérêts locaux qui font sentir cruellement, ces
jours, l’absence d’une vraie personnalité et d’une vraie pensée à la
tête du futur territoire de La Défense.
Vous auriez pris la tête
de cette croisade territoriale, Madame, vous auriez porté ces questions
au lieu d’en suivre passivement le déroulement, vous auriez participé
aux réflexions sur le Grand Paris et élaboré un plan d’action audacieux
au lieu de vous contenter d’obéir, vous auriez osé devenir le hérault
d’une vraie conception d’organisation territoriale, quelles que soient
nos différences, vous nous auriez trouvé à vos côtés.
Au lieu de
cela (et permettez-moi cet usage un peu détourné de Pierre de Ronsart) :
«
Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las
! las ! nos espoirs laissé choir !
O merci marâtre Nature,
Pour
qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir ! »
Sylvie
CancelloniConseillère municipale
MoDem de Puteaux
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