Publié sur le blog de Sylvie Cancelloni :
Grande séance plénière ce jeudi au CCAS (centre communal d’action
sociale) de Puteaux pour déterminer les orientations de l’action
sociale municipale qui s’élèvera en 2009 à 5M2 d’euros (+ 11%) et
justifiera le versement d’une subvention municipale de 4M3 d’euros …
5M2 ! Mazette…
S’il est normal que les villes prennent en
charge la politique sociale locale, à Puteaux, nous atteignons des
sommets inégalés. A Montrouge, une ville de taille équivalente : 1 M
d’euros. A Asnières et Courbevoie qui font le double, respectivement
1M5 et 2M d’euros...
A Puteaux, d’évidence, comme en toute chose, nous doublons les forces
de frappe… pour lutter contre la pauvreté !
Il faut saluer évidemment une priorité aussi clairement
affichée : notre département est le plus riche de France. Mais c’est
aussi celui dans lequel la répartition des revenus est la plus
contrastée, et les écarts amplifiés par les coûts du logement.
Puteaux poursuit donc et développe pour 2009 une action sociale soutenue :
- en élargissant sans cesse ses actions auprès des personnes
âgées (terminal domestique de télé assistance, distribution de repas à
domicile) des personnes handicapées (allocations différentielles), des
personnes en difficulté (secours, bons d’alimentation, aide aux
enterrements, dettes d’électricité…), des familles, de la jeunesse…
- en innovant en 2009 avec la création d’un Mobi’car (destiné
au déplacement des personnes à mobilité réduite) et d’une banque
alimentaire, dite « épicerie sociale » proposée prochainement en
remplacement des bons d’alimentation.
Tout cela est très bien et inespéré. Mais est-ce fait avec
discernement et sens de la mesure ?
C’est le point faible de notre bonne ville qui, même dans la
solidarité, choisit toujours la voie de l’ »excellence superlative »
sur la finalité de laquelle on peut s’interroger.
D’abord parce que dans l’appareil budgétaire social
figurent à de nombreux postes des lignes mystérieuses intitulées : «
marques de reconnaissance » et dans lesquelles s’infiltrent pêle mêle
les cadeaux, goûters, banquets en tous genres, dont la réputation n’est
plus à faire. « Reconnaissance », mais pour quoi ou pour qui ?
Ensuite parce qu’il est d’usage qu’une action sociale soit
concentrée d’abord sur les plus faibles revenus. Pas à Puteaux ! Les
budgets sont ouverts sans aucune condition de ressources (aides à la
petite enfance, cartes jeunes, bourses, et j’en passe) ; les quotients
familiaux sont rares et les familles dans le besoin souvent obligées de
quémander un dossier dérogatoire…
L’abondance de Puteaux d’un
côté et de l’autre la nécessité de solliciter une aide auprès du Maire
pour y avoir accès n’est-elle pas, d’une façon générale, infantilisante
ou tout simplement choquante ?
Pouvoir donner des secours à ceux qui sont en difficulté est
une chance extraordinaire. Beaucoup de Maires en rêveraient… Mais
pourquoi faut-il le faire dans 80% des cas en numéraires (jusqu’à 750
euros) : est-ce de la transparence ? Quel suivi assurons-nous derrière,
alors que sur le seul mois de janvier, nous avons aidé 61 familles ?
Les secours relèvent de la décision du Maire, qui en informe le CCAS,
pour des montants mensuels allant quand même de 10.000 à 30.000 euros.
Faut-il faire tout et tout seul ? En terme d’efficacité, on
reste songeur : les charges de personnel et de fonctionnement
représentent à elles seules plus de 70% du budget d’ensemble. Quand on
pense que les associations qui dépassent plus de 15% en frais de
fonctionnement sont pointées du doigt ! N’existe-t-il pas une sous
traitance plus efficace et moins chère ? Avons-nous fait le tour des
agences de service de proximité ?
Enfin, sommes-nous si sûrs que cela de la vertu d’un « monopole
» municipal du coeur ? L’exemple de l’épicerie sociale donne à
réfléchir : cette initiative, très pratiquée dans d’autres communes, se
fait toujours en partenariat avec des associations vigoureuses,
disposant de bénévoles formés qui viennent compléter l’offre des agents
municipaux en renforçant l’accompagnement par un engagement
personnalisé. Car le rôle de ces épiceries n’est pas seulement l’ «
assistance », mais la naissance d’un projet familial, un soutien à
l’insertion et une pédagogie de la gestion.
A Puteaux, on donnera, c’est sûr, on connaîtra la vie de chacun, le Maire sera loué, mais quid de l’insertion ?
A Puteaux, la tentation du clientélisme rôde toujours
derrière les cloisons… Il faut se méfier de la bonne action qui
rapporte. Se méfier aussi de l’hyper centralisation, de l’hyper
solidarité qui font d’un service social la pieuvre sans âme évoquée si
bien par Orwell…
Je penche pour un cocktail de modération et de partage, et un peu moins d’entropie…
Même
si elles ne sont pas parfaites, il y a de nombreuses associations
prêtes à s’investir à Puteaux ou dans les communes voisines. On
aimerait les voir davantage s’engager chez nous dans leur diversité,
partager des projets, s’associer à des actions… Il ne suffit pas de «
désigner »une association pour créer du lien social !
Car le risque est clair : on a depuis longtemps l’habitude à
Puteaux de frapper à la porte du Maire pour régler nos problèmes. Ceux
qui frappent sont aussi des électeurs. Une action sociale municipale
qui pense pour tous et fait pour chacun, c’est cela même qui s’appelle
du clientélisme…
Sylvie Cancelloni
Conseillère municipale Modem de Puteaux
(photo : Flickr)
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