Le Monde publie des extraits d'un pré-rapport de la Cour des comptes sur la gestion de l'Etablissement public d'aménagement de la Défense Seine Arche (Epadesa, ex-EPAD) entre 2006 et 2011. Dans ce rapport, la Cour dénonce des "dérives" et émet de "sérieux doutes sur l'équilibre financier final" de l'Etablissement public d'aménagement présidé par le maire UMP de Puteaux, Joëlle Ceccaldi-Raynaud. Le premier quartier d'affaires d'Europe "risque le naufrage financier. "Il ne (s'y) construit plus assez de tours pour équilibrer son modèle économique", résume le journal.
EXTRAITS :
"(..) Le premier quartier d'affaires d'Europe ne construit plus assez de tours pour équilibrer son modèle économique. La Cour des comptes dénonce les "dérives" de gestion et émet de "sérieux doutes sur l'équilibre financier final" de l'Etablissement public d'aménagement de la Défense Seine Arche (Epadesa, ex-EPAD), dans un prérapport qu'elle vient de rendre sur la gestion de l'établissement de 2006 à 2011 et que Le Monde s'est procuré.
En 2010, dans un rapport non rendu public, l'Inspection générale des finances (IGF) et le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) prédisaient, eux, un "déficit" financier de l'Epadesa en 2016. L'IGF et le CGEDD persistent dans ce diagnostic dans une note de juin 2012 à laquelle Le Monde a eu accès.
Ils déplorent "l'optimisme non documenté" de la direction de l'Epadesa "sur la rentabilité escomptée" des opérations commerciales à venir, et mettent en garde contre le "risque de fuite en avant" qui consiste à prétendre combler un passif avec des projets de tours qui restent hypothétiques.
A lire ces rapports, il apparaît que la Babel de l'immobilier d'entreprise n'aura plus, à court terme, les moyens ni de son aménagement ni de la rénovation de ses équipements, pour beaucoup obsolètes. Sauf à faire appel aux collectivités locales.
(..)
Les investisseurs se raréfient. Pour les attirer, l'Epadesa a baissé le prix des droits à construire. Ils sont passés de 2 300 euros le m2, en moyenne, en 2007, à 1 700 en 2012. Il vend moins car les terrains à bâtir sont plus rares sur son périmètre. Les derniers interstices constructibles sont souvent traversés par des voies routières ou des infrastructures qui nécessitent des travaux d'aménagement coûteux pour l'Epadesa.
Ainsi, la tour Phare, imaginée par l'architecte Thom Mayne, haute de 300 mètres, qu'Unibail a prévu de livrer en 2017 sur Puteaux serait, selon le rapport de l'IGF, une opération déficitaire pour l'Epadesa. La future icône de la Défense, qui fait l'objet de recours des habitants, serait construite sur pilotis au-dessus d'un axe routier. Elle suppose donc un aménagement du terrain à grands frais que devrait assumer l'Epadesa.
REMISE EN ETAT COUTEUSE
Le 1er janvier 2009, la propriété des espaces publics, des équipements et des œuvres d'art de la Défense a été transférée à un établissement local de gestion et d'animation baptisé Defacto. Présidé par Patrick Devedjian, patron (UMP) du conseil général des Hauts-de-Seine, Defacto est en partie financé par les collectivités locales. Ce qui, normalement, devrait alléger la charge de l'Epadesa. Mais ce dernier est tenu de payer la remise en état des biens transférés en se basant sur les factures que lui adresse Defacto.
Or pendant cinquante ans, l'établissement public n'a guère entretenu le patrimoine de la Défense, qu'il s'agisse de sa dalle, des sous-sols, des escaliers ou des parkings. Si bien que le coût des réparations se révèle aujourd'hui très élevé. Il s'ajoute à d'autres charges pour l'Epadesa, comme la rénovation des tunnels, qui n'a quasiment jamais été engagée depuis 1958. "Alors que la création de Defacto devait alléger la charge financière de l'EPAD, les arbitrages rendus en 2008 ont un effet contraire pour de nombreuses années", déplore la Cour.
L'EPADESA ÉPINGLÉ POUR SES DÉPENSES DE COMMUNICATION
La Cour des comptes dénonce les "dérives" des dépenses de déplacement, de communication et de réception de l'Etablissement public d'aménagement de la Défense Seine Arche (Epadesa), quatre fois supérieures à la moyenne des frais de ce type d'établissement, note-t-elle. Elle condamne "les prestations hôtelières" au "standing excessif" payées aux dirigeants lors de voyages à l'étranger auxquels ont été invités "indûment" des collaborateurs d'élus ou des architectes entre2008 et 2012.
Dans une note confidentielle du 6 mars 2012, l'Inspection générale des finances constate que la "dérive" des frais de voyage et de mission "a été stoppée" depuis 2011, mais non les "abus" sur les frais de restauration, que la direction générale s'est engagée depuis à réduire. La Cour des comptes relève aussi des "anomalies" dans les procédures de "commande publique". L'Epadesa passe plus d'une centaine de marchés par an".
LIRE AUSSI : A qui confier l'aménagement et l'entretien de la Défense ?
Tous ces éléments publiés dans différents rapports officiels viennent confirmer ce que nous dénonçons depuis plusieurs années au sein du groupe des élus démocrates de La Défense : le modèle économique du quartier d'affaires ne tient plus. Il faut en penser un autre. L'Etat doit assumer ses responsabilités, tout comme les collectivités.
Christophe Grébert
CONSULTER MON DOSSIER SUR LA DÉFENSE
(photo : Flickr)
MISE À JOUR : RÉACTION DE L'EPADESA (via businessimmo) :
L'Epadesa a réagi immédiatement après la parution de l'article : « Les articles publiés dans la presse datée du 16 octobre 2012 s’appuient sur le « relevé de constatations provisoires » daté du 5 septembre 2012 de la Cour des comptes. Comme demandé par la Cour des comptes, et conformément à sa procédure, l’Epadesa rédige actuellement sa réponse au « relevé de constatations provisoires » qui sera remise à la Cour des comptes le 25 octobre 2012. Si la Cour des comptes le juge utile, cette procédure pourra se poursuivre par une audition de la 7e chambre de la Cour des comptes (en charge du contrôle de l’équipement, des transports et de l’aménagement du territoire, de l’agriculture et de la pêche, de l’environnement), et par une audition de la direction générale de l’Epadesa. A l’issue de cette procédure qui peut voir amender le « relevé de constatations provisoires », et, à nouveau, après examen collégial de la 7e chambre, le rapport définitif de la Cour des comptes sera établi. Il appartiendra alors à la Cour des Comptes de décider de la date de sa publication. C’est pourquoi, l’Epadesa ne s’exprimera pas publiquement sur les informations publiées dans la presse avant le rapport définitif de la Cour des Comptes. Conformément à l’article 6 de la loi n° 78-753 du 17 juillet 1978 relative à la communication des documents administratifs, l’Epadesa tient à rappeler que « les relevés de constatations provisoires » de la Cour des Comptes parce qu’ils ne sont pas définitifs, ne sont pas communicables. »
> COMMUNIQUE DE PRESSE DE L'EPADESA
> MERCREDI 17 OCTOBRE : le Canard Enchaîné publie un article sur le prérapport de la cour des comptes, en donnant de nouveaux éléments. Ainsi entre 2008 et 2011, 3,7 millions d'euros ont été dépensés en frais de déplacement et de représentation.
> Le député PS de Paris Christophe Caresche a demandé mercredi une commission d'enquête parlementaire sur l'établissement public gestionnaire du quartier d'affaires de la Défense (Boursorama)


