Dans un communiqué publié sur son site, l'association Reporters sans frontières regrette la condamnation, du blogueur et conseiller municipal d’opposition Christophe Grébert
à 1.500 € d’amende avec sursis et 500 € de dommages et intérêts par le
tribunal correctionnel de Nanterre. Ce dernier l’a reconnu coupable de
“diffamation” à l’encontre de la maire de Puteaux, Joëlle
Ceccaldi-Raynaud, dans le cadre de propos rapportés par le journaliste Jim Jarrassé dans un article publié le 20 octobre 2011 par Le Figaro. Le journaliste, également poursuivi, a été relaxé par le tribunal qui lui a reconnu le bénéfice de la bonne foi.
L’organisation RSF craint que cette condamnation ne consacre la stratégie de harcèlement judiciaire employée par la maire de Puteaux pour faire taire les voix critiques, et dont M. Grébert est l’une des principales victimes. Ce dénouement ne doit pas éluder la gravité des faits dénoncés par le blogueur, à savoir le rachat de l’ensemble des exemplaires mis en vente à Puteaux du numéro 4747 du Canard enchaîné, qui comportait un article gênant pour Joëlle Ceccaldi-Raynaud.
“Dans une affaire concernant des agissements d’une extrême gravité à l’encontre de la liberté de l’information, la bonne foi aurait également dû être reconnue à Christophe Grébert, qui ne faisait que s’interroger sur les moyens utilisés par le maire pour appliquer cette censure d’un autre âge, a ajouté Reporters sans frontières. Les garanties de la liberté d’expression auraient d’autant plus pu s’appliquer qu’il s’exprimait à l’oral, en tant qu’élu de l’opposition”.
L’article de Jim Jarrassé, intitulé “le maire de Puteaux prive ses habitants du Canard”, indiquait : “L’élu du MoDem [Christophe Grébert] craint que cet argent ait été puisé dans le budget de la Ville consacré à l’aide sociale : selon lui, Joëlle Ceccaldi-Raynaud dispose chaque mois d’une caisse de 20.000 euros en liquide, qu’elle peut ‘utiliser à sa guise’.”
Sur le fond, le jugement ne remet pas en cause les révélations du Canard Enchaîné, “qu’il s’agisse de celles relatives à l’existence de comptes au Luxembourg, ou, surtout, de celles afférentes à la rafle préalable de tous les exemplaires diffusés à Puteaux par un motard, employé municipal, ayant payé en liquide”. Le tribunal souligne qu’il est “légitime” qu’un conseiller municipal d’opposition réagisse sur ce sujet, “manifestement d’intérêt local”, rejetant la qualification d’“obsession quasi-pathologique” émise par Mme Ceccaldi-Raynaud.
Contacté par Reporters sans frontières, Christophe Grébert a accusé la victoire du maire : “après six ans d’acharnement, elle finit par gagner”. “Il y a un déséquilibre de moyens évidents, j’espérais que la justice en prendrait compte”, a-t-il ajouté avant d’affirmer : “l’objectif est politique, [il] est clairement de me faire taire”.


