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Le projet de tour Phare à La Défense : tout ce qu'on ne nous dit pas

Publié sur le site des élus démocrates de La Défense :

Phare 2PHARE POUR MOI, PAS POUR LES AUTRES…

La différence entre Dubaï et La Défense n’est pas la taille des tours : soyons honnête, la future Tour Phare, dont l'enquête publique est en cours, a plutôt l’allure d’un nain de jardin face à ses concurrentes orientales qui s’élancent à près de 1.000 m vers le ciel.

La différence n’est pas non plus dans la grandeur du projet de développement économique : à la fois flambeuses et visionnaires, La Défense et Dubaï sont l’exemple vivant de ce que peut produire la pensée libérale, le meilleur et parfois (les évènements récents nous le démontrent) le pire. Les réflexions sur le Grand Paris témoignent d’ailleurs de nombreux autres chemins plus équilibrés.

Elle est ailleurs : au contraire de Dubaï, qui construit un projet de développement économique sur une terre vierge de constructions et d’habitants, La Défense se développe selon un schéma de discontinuité successive, d’alternance de modèles d’urbanisme au mieux différents, au pire contradictoires, dans un paysage de fort peuplement, où la démocratie ne protège ni les citoyens, ni les habitants puisque la conduite du développement se fait à l’ombre de tout contrôle et sans participation des villes qui la constituent.

La Tour Phare en est une des illustrations

A la droite de l’Arche, superbe dans sa conception architecturale, la tour Phare va, pendant 4 ans, tisser ses étages de béton jusqu’à atteindre 287m au dessus de la dalle et surplomber de 250m le CNIT, 174m la Grande Arche et 140m de Cœur Défense… Elle sera visible, tel un doigt pointé vers le ciel, depuis les bateaux-mouches sur la Seine et la Pyramide du Louvre. Les Champs Elysées n’en auront que pour elle… 

Irréprochable, nous affirme-t-on, dans sa maîtrise théorique des normes du développement durable, elle est un vrai désastre pour son quartier environnant, et en particulier pour le Faubourg de l’Arche. Le soleil de l’après-midi y disparaitra à tout jamais avec 1h45 à 3h45 d’ensoleillement de moins. Léonard de Vinci, Adria, le Triangle de l’Arche, la place et la dalle Carpeaux… seront désormais à l’ombre à partir de 16h. SFR plonge dans l’obscurité : est-ce pour cela qu’il envisage de déménager prochainement ? Pour un quartier qui avait acquis ses lettres de noblesse grâce à son soleil de l’après-midi, on peut mesurer les dégâts !

De tous côtés, se créent de nouveaux microclimats, baptisés sous des appellations de charme : effets de coin, zones de turbulence, effets de sillage, effets de brèche, rouleaux tourbillonnants, bises de passages d’immeubles. Imaginez un peu les jours de vent en hiver pour approcher un peu ces nouvelles réalités.

Les passages piétons sont si redoutés qu’on imagine des « mesures compensatrices » pour atténuer les morsures du vent : elles ne sont d’ailleurs pas détaillées et seront laissées à l’initiative de l’EPAD dont la fragilité des moyens financiers ne permettra certainement pas d'y remédier. Il y aura donc du frisson sur les passerelles !

Des éoliennes, situées à son sommet, sont destinées à assurer l’indépendance et la propreté énergétique de la Tour. Leur existence virtuelle a fait frémir d’angoisse les autorités aériennes qui ont demandé d’office la limitation de leur hauteur. Mais outre le fait qu’elles ajoutent des turbulences aux turbulences et du bruit au bruit, elles ont pour particularité d’impacter considérablement l’avifaune (étourneau, faucon, martinet noir, corneille, moineau…) par « collusion ». Qui ramassera les cadavres ? Des ultra-sons sont même envisagés pour détourner les oiseaux…

Par ailleurs, la végétation, déjà rare, trépasse sous le passage de cet Attila du béton : le déficit en végétaux va s’accentuer.

La Tour accueille 8.000 nouvelles personnes. Sous réserve de faire confiance à ce chiffre, car en se serrant un peu on peut atteindre 10.000… Comme à chaque fois, l’étude nous livre des statistiques de flux que la réalité contredit sans cesse : 5.400 viendraient en métro/RER, 800 en voitures et motos et le reste sans doute à pied ou en tapis volant. 300 places seulement de parking seront construites au motif que La Défense en est déjà truffée et que les gens viendront de plus en plus en transports en commun. Qui ne sont pas construits et mettront au mieux 10 ans avant de venir  décongestionner le quartier… Bonjour la joie de vivre et de travailler à La Défense !

La SNCF aurait donné l’accord d’une navette plus régulière entre la Gare Saint Lazare et La Défense. Mais comme la Gare Saint Lazare est le point névralgique qui connait le plus grand nombre de jours de grève en France, nous voilà immédiatement rassurés. Et puis, ce n’est écrit nulle part dans l’étude. Ajoutons que le nombre de voies n’étant probablement pas suffisant, on risque paradoxalement d’alourdir encore le trafic sur la ligne sans résultat convaincant. On nous signale aussi une étude de liaison entre La Boule (Nanterre) et La Défense : cela, on l’apprend au cours des enquêtes publiques par la rumeur et non par les commissaires enquêteurs qui, très honnêtement, semblent débarquer de la lune…

Savez-vous qu’en même temps que Phare et Majunga se construisent actuellement 4 tours et que 5 autres attendent leur permis ? Que le nombre d’afflux journaliers se situera autour de 25.000 salariés supplémentaires ? Que toutes les études sous-dimensionnent les parkings et les problèmes d’accès à La Défense. Que l’association Village (association intercommunale qui fait un véritable travail de défense citoyenne, non politique) a repéré qu’il n’y a pratiquement pas d’accès possible aux vélos sur la dalle ?

Les travaux dureront 4 ans. Toute la voirie automobile et piétonne du boulevard circulaire et de la route de la Demi-lune va s’en trouver transformée. Cela coûtera la bagatelle de 5 millions d’euros. Il nous est dit que c’est le maître d’ouvrage qui finance, mais il y a des zones d’ombre. Contribuables, à vos poches ? Le tunnel de l’A14 sera interdit aux camions, alors que 80 camions par jour (et pas des petits calibres) viendront approvisionner le chantier où sont prévus 50.000 m3 de déblais et des aires de stockage monumentales sur lesquelles rien n’est décrit. Devinez quelle sera la longueur des embouteillages sur le circulaire et les accès à La Défense !

Les passerelles piétonnes, notamment celle de 24m de large, seront remplacées par des passerelles provisoires, sans que leur emplacement soit défini. Et pour cause, il changera 1.000 fois. La station de taxis va disparaître, pour un temps indéterminé car, c’est idiot j’en conviens, on n’a pas trouvé d’emplacement pour eux dans l’avenir… Le pouce de César aussi va bouger, mais que les aficionados se rassurent : son relogement est assuré !

L’EPAD, toujours rassurant, nous dit qu’il a mis en place une nouvelle charte des chantiers sur La Défense pour contrôler les horaires de travail sur site et discipliner le stakhanovisme de nos constructeurs. Il y aura même, parait-il, un représentant de l’EPAD sur chaque chantier. C’est bien de tirer les leçons du passé et l’on doit beaucoup, sur ce point, à l’association Le Village. Mais lors des forums Défensiens, n’a-t-il pas été entendu par différentes personnes des commentaires sur la charte par les constructeurs laissant entendre qu’elle est truffée d’incohérences ?

Tout cela ne semble pas inquiéter plus que cela les maires de Courbevoie et de Puteaux qui, tels les penseurs grecs d’antan, la tête dans le front, nous répondent imperturbablement sur La Défense : « silence, on réfléchit ici ». Le maire de Courbevoie ne s’est même pas battu pour que l’enquête publique Phare se mène aussi sur le territoire de Courbevoie… Un comble ! C’est vrai, quoi, tout va très bien, Madame La Marquise… Depuis des années qu’on attend qu’ils nous livrent le début du frémissement d’une pensée personnelle, le jour où ils vont se mettre à parler, Patrick Jarry, maire de Nanterre, Patrick Ollier, maire de Rueil, et Christian Dupuy, maire de Suresnes, auront déjà fait La Défense de demain dans leur dos.

Ah, excusez-nous, nous venons de nous rappeler que Joëlle Ceccaldi-Raynaud est présidente de l’EPAD aujourd’hui, de l’EPAD/EPASA demain. Nous avons oublié !

Sylvie CANCELLONI, élue MoDem de Puteaux, et Pierre LAROCHE, MoDem de Courbevoie

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